Le virage à droite au feu rouge de plus en plus dangereux

C’était évident depuis toujours. Le virage à droite au feu rouge est dangereux pour les piétons et les cyclistes. On sait maintenant officiellement que la situation se dégrade d’année en année et que ce sont les piétons et les cyclistes qui en paient le prix de leur vie. Mais rassurez-vous, ce n’est pas grave. Dommage, mais pas grave, puisque le nombre de blessés et de morts est conforme aux attentes du ministère des Transports du Québec (MTQ) en termes de bilan routier.

J’aimerais remercier le journaliste Bruno Bisson de La Presse d’avoir demandé ces informations en vertu de la Loi sur l’accès à l’information. Ce qui veut dire que le MTQ n’était pas disposé à fournir les chiffres sans se faire tordre le bras. Dans son article intitulé Le bilan du virage à droite au feu rouge s’alourdit, Bruno Bisson indique que le total des victimes de la route est maintenant de 657 depuis l’entrée en vigueur de la mesure en avril 2003.

Les chiffres

On parle ici de 622 blessés légers, de 30 blessés graves et de 5 décès. Les personnes décédées et une large majorité des blessés graves font partie des groupes à risque que sont les piétons et les cyclistes relate M. Bisson.

Le MTQ s’attendait évidemment à ce que des accidents soient reliés à une telle mesure. Mais, selon ce qui se passe dans les autres territoires où la mesure a été implantée, la situation au Québec serait « avantageusement conforme » aux attentes du ministère.

Fiou!

Et si le bilan s’alourdit à chaque année, c’est que le nombre de municipalités qui permettent le virage à droite au feu rouge a augmenté lui-aussi.

J’aimerais savoir si, à part Montréal, il reste des municipalités qui n’ont pas encore officialisé la mesure. Comme ça, on pourra savoir si, lors du prochain bilan, la même raison pourra nous être servie.

J’aimerais aussi savoir où ont eu lieu ces accidents. Peut-être que l’augmentation du nombre de municipalités qui permettent la mesure n’a rien à voir du tout.

Une campagne de sensibilisation

Le MTQ ne considère pas ces chiffres alarmants. Or, il reconnaît que le Québec serait mûr pour une nouvelle campagne d’information et de sensibilisation. Avec une augmentation constante du nombre de décès et de blessés reliée à une seule mesure, pourrait-on conclure autrement? Reste à savoir quand cette campagne sera mise en place et si elle sera réellement efficace.

Vous savez quoi, cher MTQ, beaucoup de cyclistes sont décédés cet été sur les routes du Québec. Peut-être qu’une campagne de sensibilisation à propos d’une meilleure cohabitation cyclistes/automobilistes et du respect de tous les usagers de la route serait également de mise.

Le comble

Le comble est que le chef de service de la Direction de la sécurité en transports, Carl Bélanger, qui a accordé un entretien à La Presse, précise que rétrospectivement, la décision de Montréal de ne pas permettre le virage à droite au feu rouge était la bonne à prendre puisqu’on ne trouve nulle part ailleurs une aussi grande proportion de piétons et de cyclistes.

Je comprends de ces paroles que dans un environnement urbain où il y a une grande proportion de piétons et de cyclistes, cette mesure est trop dangereuse. Ce n’est peut-être là que mon interprétation personnelle des paroles de M. Bélanger. Or, si on veut augmenter le nombre de piétons et de cyclistes dans les municipalités québécoises, le virage à droite au feu rouge n’agit-il pas comme un frein au développement des transports actifs?

Je suis contre le virage à droite au feu rouge. Et les chiffres, aussi conformes soient-ils au yeux du MTQ, montrent qu’il s’agit d’une mesure dangereuse et mortelle. Mais comme une majorité de Québécois se déplace en voiture, la population en général ne trouve rien à y redire. Et sans grogne populaire, les morts et les blessés vont continuer, lentement mais sûrement, à s’accumuler. Mais ce n’est pas grave. Tant qu’on conserve le droit de tourner à droite sur un feu rouge, on gagne quelques secondes dans sa journée  et on augmente l’efficacité des transports en automobile. N’est-ce pas là ce qui importe le plus?

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8 commentaires

  1. Je suis d’accord avec vous.
    Je ne comprends pas pourquoi on a rendu cette pratique légale.
    Est-ce que c’est trop long d’attendre quelques minutes à une lumière, le temps que la lumière tourne au vert? Ah oui. C’est vrai. Ça rend la circulation plus fluide…

    Je pense que cette pratique favorise la mauvaise conduite en voiture. Ça favorise le « j’ai l’temps d’y aller », les engagements rapides et peu prudents. Les automobilistes ne regardent pas tous avant de s’engager pour tourner à droite.

    Pourquoi le code de la sécurité routière accorde tant de droits aux automobilistes alors qu’en théorie, on devrait adapter les règles et les lois en fonction du moins dangereux (lois moins sévères) au plus dangereux (lois plus sévères et plus restrictives).

    Ce serait logique, il me semble? Non?

    1. Je suis également tout à fait d’accord avec vous! Le Code de la sécurité routière n’est pas adapté à la pratique du vélo en milieu urbain. Il doit être revu et, comme vous le dites, favoriser les usagers de la route qui sont les plus à risque.

      Quand au comportement des automobilistes, vous avez clairement identifié le réflexe du « j’ai l’temps d’y aller » qui est naturel à la plupart des gens qui circulent en voiture. Je pense même que tout le monde possède ce réflexe, même à pied et à vélo. On ne veut pas attendre une minute parce que c’est long, c’est plate et que ça nous retarde. On a l’impression qu’il s’agit d’une perte de temps colossale. Mais en auto, « s’essayer » présente beaucoup plus de risques pour tout le monde!

      Je remarque par ailleurs que de plus en plus de cyclistes ne regardent pas non plus avant d’effectuer un virage à droite sur feu rouge à Montréal. C’est illégal alors je me dis que la moindre des choses serait de regarder si quelqu’un arrive par la gauche!

  2. Merci pour ces articles et ces critiques toujours pertinentes. J’en suis devenue paresseuse : au lieu de fouiller les médias pour trouver ce qui touche aux transports, je viens directement ici!

  3. Avez vous déjà été ailleurs dans le monde, dans des grandes villes ou partout sur la planète on tourne à droite et qu’il n’y a pas de casque sur les têtes. Vous verrez que c’est l’éducation populaire qui fait toute la différence et non pas les gouvernement et la Loi. Les taux d’accidents sont réduit grâce à un partage équitable de la route. Les tramways en premier, les cyclistes en deuxième, ensuite les piétons et les voitures après. Tous savent regarder une lumière. À Québec, Toronto, Vancouver, Paris et La Haye. Alors apprenons à nous conduire et suivons le monde…tournons à droite.

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