Cyclistes urbains : Hans Guévin et la méditation en mouvement

Cyclistes urbains est une série de portraits d’hommes et de femmes qui roulent à vélo à Montréal ou ailleurs. Pas besoin de circuler exclusivement à bicyclette pour voir votre portrait et votre réalité de cycliste épinglés ici. Il suffit d’enfourcher votre vélo de temps à autre, que ce soit pour les loisirs, le travail, le magasinage ou toutes les autres occasions de la vie courante.

Hans Guévin, 36 ans, cycliste chevronné. Voilà pour les présentations. On pourrait également ajouter sous-titreur, scénariste, réalisateur et papa, mais qui veut s’empêtrer dans les détails? Homme occupé, il effectue la majorité de ses déplacements à vélo depuis neuf ans. Adepte du cyclotourisme? Pas du tout! C’est avec une vision très utilitariste du vélo qu’il enfourche sa monture avant de s’élancer dans les rues de la métropole.

Décrivez votre vélo actuel.
Il s’agit d’un Nakamura Trekker. C’est un hybride. Ce que j’aime de mon vélo c’est sa solidité. Les tubes sont assez gros et les roues sont fortes. Cela permet de résister à tous les aléas de rouler en ville avec des routes qui ressemblent plus à ce qui se trouve à Kaboul que ce à quoi on s’attendrait d’une route pavée. Comme il est très ordinaire, il n’est pas désirable pour les voleurs! J’aime moins son poids considérable, ce qui diminue le niveau de performance. On a toujours les qualités de nos défauts parce qu’au niveau de la force musculaire nécessaire et de l’entraînement, il développe les jambes c’est certain!

Quel est votre plus mauvais souvenir à vélo?
Avant mon arrivée à Montréal, je roulais à Trois-Rivières. Mon pied a glissé de mon pédalier. J’ai donc donné un coup dans ma roue avant qui a fait un 90 degrés. Mon pied est resté coincé dans la roue et je suis passé par-dessus le vélo! Ça faisait des années que je ne m’étais pas fait des blessures de guerre d’enfant (des genoux et des coudes écorchés). Ça m’a coupé l’envie de pédaler pendant un petit bout de temps!

Quel est votre plus beau souvenir à vélo?
Il est très récent. Mon plus vieux a commencé à pédaler à deux roues. Il vient d’avoir sept ans. Lui aussi s’était passablement écorché l’année dernière et il est demeuré anxieux de remonter sur un vélo. Récemment, il a embarqué sur un tout petit vélo et il avait l’air d’un clown de cirque tellement le vélo était beaucoup trop petit pour lui. Il avait presque les genoux dans le front. Alors tout seul, il a pris son vélo et il s’est pratiqué dans la ruelle. Il m’a demandé de lui sortir le vélo avec lequel il s’était blessé, a demandé cinq minutes pour pouvoir se pratiquer et depuis ce temps-là, il est capable de faire du vélo. Je trouve ça beau, c’est une belle étape pour lui, c’est la liberté!

Décrivez votre rencontre typique avec un automobiliste.
Ça se passe généralement très bien. Il y a toujours des exceptions comme celui qui ne sait pas qu’un passage clouté donne la priorité au piéton ou au cycliste qui s’y est engagé. Il faut toujours faire attention. Le plus comique ce sont les automobilistes qui, dans une rue même pas étroite, sont incapables de te dépasser parce qu’ils n’arrivent pas à jauger de la largeur de leur voiture. Je les laisse passer… Parfois, on a des gens qui viennent de la banlieue. Je ne dis pas ça de manière péjorative, mais tu vois qu’ils sont habitués à tourner à droite sur un feu rouge. Tu ne t’attends pas à ça! C’est là qu’on comprend pourquoi à Montréal c’est interdit. D’ailleurs, ça devrait l’être partout, mais c’est un autre problème… En général, l’interaction se fait généralement bien. Il faut que tu prennes ta place sans prendre toute la place. La rue, ça se partage. Lorsqu’on respecte la signalisation et qu’on est attentif, la cohabitation se fait très bien.

Décrivez votre engueulade la plus spectaculaire à vélo (avec un automobiliste, un piéton ou un autre cycliste).
C’était avec un cycliste qui conduisait de façon horrible sur la piste cyclable. Il jasait avec un ami à côté de lui, essayait de passer aux feux rouges… Coin Brébeuf et Laurier, qui est un coin extrêmement mal fait, il passe carrément sur la lumière rouge, laissant derrière son ami médusé de le voir aller et fonce droit dans la foule qui traversait à l’intersection. Il a failli accrocher une mère avec ses enfants. Elle n’a pas manqué de lui dire que ce n’était pas à son tour de passer. Puis, sous le viaduc, un autre endroit très mal conçu, il monte (avec son ami) à deux de large et se fait crier après par les gens qui arrivent en sens inverse. Il ne se tasse pas puis accroche une fille en patins à roues alignées qui l’a d’ailleurs engueulé. En haut du viaduc, il reste en plein milieu des deux voies et ralenti à 8 km/h environ. Je fais sonner ma clochette. Dans ma tête je me dis : « c’est une seule voie de large espèce de con. » Malheureusement, le lien entre ma tête et ma bouche s’est fait et c’est sorti! J’étais tellement héberlué par moi-même! Ensuite, il me rattrape et me dit qu’il ne prendra plus les pistes cyclables parce que les gens sont trop agressifs… Autrement, il y a parfois les automobilistes qui empruntent la piste cyclable lorsqu’une rue est bloquée… C’est assez épeurant de se retrouver face à face avec une voiture devant soi. Mais c’est rare que quelque chose m’arrive. Je suis peut-être trop tolérant.

Vous arrive-t-il de contrevenir au Code de la sécurité routière (rouler sur les trottoirs, rouler dans le sens contraire d’une rue à sens unique, brûler un arrêt ou un feu rouge)?
Je ne parlerai qu’en présence de mon avocat (rires)! Rarement. Je demeure dans Villeray où il y a beaucoup de sens unique et la piste cyclable est mal faite le long de Christophe-Colomb. En faisant 50 m à contresens, j’évite 150 m sur des artères achalandées. Autrement, je fais mes arrêts et je ne roule pas sur le trottoir.

Quelle est votre rue préférée pour rouler?
Je n’ai pas vraiment de rue préférée, mais la piste cyclable que j’emprunte en allant travailler me permet d’être presque en état de méditation en mouvement. C’est une meilleure garantie de sécurité que d’être dans la rue. J’y suis moins anxieux. La piste cyclable sur Brébeuf est vraiment pénible à l’heure de pointe, mais à tout autre moment de la journée, c’est un endroit tout à fait charmant. J’aime bien passer dans le parc Lafontaine.

Quelle est la rue où vous détestez le plus rouler?
Les grands boulevards urbains : Papineau, Delorimier… Saint-Denis, c’est pratiquement impossible d’y rouler de façon sécuritaire. C’est beaucoup trop dangereux.

Faites-vous du vélo l’hiver?
Je n’ai peut-être pas l’état d’esprit nécessaire pour rouler en hiver. J’ai essayé l’hiver dernier et il en a résulté un planage assez catastrophique à peine sorti de chez moi. J’en fais habituellement huit mois par année. Les mois passés dans les transports en commun sont plus durs pour le moral. Comme je commence à faire du télétravail, ça va me manquer. Il va falloir que je m’efforce de sortir pour aller me promener à vélo. Ça me donnera peut-être une vision plus touristique, moins utilitariste du vélo.

Selon vous, avez-vous déjà dépassé le .08 de taux d’alcoolémie dans le sang (permis pour les automobilistes, mais pas pour les cyclistes) à vélo?
Je pense que non. Je ne bois pas beaucoup. Je me suis déjà retrouvé à vélo avec trop de café dans le corps… le trajet se fait rapidement!

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