portetoncasque.ca – une campagne vélo de la Ville de Sherbrooke

La Ville de Sherbrooke oblige ses citoyens de moins de 18 ans à porter un casque lorsqu’ils circulent à vélo depuis le 1er mars dernier. Afin de faire connaître davantage cette nouvelle règlementation, elle a lancé mercredi une campagne d’information et de publicité intitulée portetoncasque.ca afin de toucher son public cible.

Selon le président du comité de sécurité publique de la Ville de Sherbrooke, Pierre Boisvert, l’obligation de porter un casque donnerait des résultats extrêmement intéressants.

Un recensement montre que le port du casque serait à la hausse. Alors qu’avant l’entrée en vigueur de la nouvelle règle le taux du port du casque se situait entre 40 et 50 %, il serait maintenant de 83 %, selon un recensement effectué sur 183 jeunes cyclistes. Chez les 10-15 ans, il est passé de 38 % en 2008 à 92 %. Les 16-17 ans seraient 57 % à le porter contre 12 % en 2008.

Ce qui laisse tout de même beaucoup de marge de manœuvre budgétaire au niveau des constats d’infraction.

Si tous les cyclistes portaient un casque, quatre traumatismes crâniens sur cinq pourraient être évités selon un pédiatre de Sherbrooke.

Le casque c’est une chose, mais ce n’est pas tout

Comme le montrent les décès survenus à Montréal cette semaine, le casque n’est pas tout. Le casque n’a pas sauvé le cycliste happé par une bétonnière. J’aimerais souligner que dans ce cas-là, les journalistes ont eu un peu de réserve et n’ont pas mentionné si le cycliste portait ou non un casque. Ça en devient insultant quand c’est la première chose qu’ils mentionnent comme si sans casque l’accident devient automatiquement un peu la faute du cycliste.

Le jeune de 17 ans lui a été happé par un véhicule parce qu’il a brûlé un feu rouge. Un simple respect du Code de la sécurité routière lui aurait sauvé la vie. Je ne dis pas que le casque n’a pas son utilité puisque dans les cas où un usager contrevient au Code, il met sa vie en danger ou celle d’un autre et un cycliste peut gagner à le porter au moment de l’impact.

Je trouve par contre que de tout miser l’aspect de la sécurité à vélo sur le port du casque est malhonnête intellectuellement. Il faut également miser sur des infrastructures sécuritaires, un Code de la route actualisé au niveau notamment de la responsabilité des véhicules selon le danger qu’ils représentent pour les autres usagers de la route et le comportement des gens, peu importe leur moyen de transport.

La campagne permet de gagner un iPad 2. Selon le règlement, à part les employés de la Ville de Sherbrooke, tous peuvent participer. Cliquez ici pour participer au concours et en plus il faut cliquer sur J’aime à la page Facebook de la campagne.

Au moment d’écrire ces lignes, la page Facebook de portetoncasque.ca comptait 90 fans.


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21 comments

  1. On verra bientôt, si à Sherbrooke, la pratique du vélo va baisser chez les moins de 18 ans, comme c’est le cas là où on oblige les gens à porter le casque..
    Peut-être que la ville de Sherbrooke pourrait obliger les jeunes de moins de 18 ans à faire du vélo une demi-heure par jour, content pas content. Tant qu’à pas se mêler des ses affaires….

    1. Non, le nombre a augmenté depuis le début de l’été grace à la campagne sur la sécurité et le programme "récupère-don ton vélo" où l’on donne plus de cents vélo par année à des enfants qui en ont pas.
      ce qui est malhonnête intellectuellement c’est de dénigrer une campagne de promotion du vélo basé sur la formation, la sensibilisation,l’accessibilité aux casques et aux vélos, et la règlementation.
      Il n’y a pas de complot pour empêcher les enfants de faire du vélo comme l’obligation du port de la ceinture de sécurité n’est pas un complot pour empêcher les gens d ‘utiliser leur auto.

      1. Monsieur Cyr, je devine que vous êtes le docteur parrainant ce nouveau règlement municipal. Je le mentionne afin de situer les gens dans la discussion.

        La question du port du casque, obligatoire ou pas, divise la communauté des cyclistes utilitaires (ceux utilisant le vélo comme mode principal de déplacement). Je vous imagine au fait de l’argumentaire général: la courte présentation de Mikael Colville-Andersen, "Why We Shouldn’t Bike with a Helmet", ainsi que les commentaires le suivant, sont fort éclairants. http://video.tedxcopenhagen.dk/video/911034/mikael-colville-andersen

        Pour ce qui est de la situation à Sherbrooke maintenant, je reprends cette citation de Serge-Étienne Parent pour illustrer mes réserves par rapport à la campagne portetoncasque.ca: «La sécurité à vélo n’est pas en premier lieu une question médicale, et on aurait tort de l’aborder ainsi, car il s’agit avant tout d’un enjeu d’urbanisme et de civisme.» Vrai que la campagne de sensibilisation au port du casque, ainsi que le nouveau règlement, part de bonnes intentions. Mais voilà, à mon sens, c’est trop peu pour réellement augmenter sensiblement la sécurité des cyclistes dans notre ville. À la limite, ce pourrait même être contre-productif, dans la mesure où nous pourrions penser que la ville est préoccupée par la sécurité cycliste (et ainsi lui faire confiance dans ce dossier), alors que je ne sens pas de réel engagement politique en ce sens. Ce nouveau règlement (+ la campagne de sensibilisation) coûte une bagatelle à comparer aux infrastructures nécessaires pour s’attaquer de front à la question de la sécurité routière.

        Sylvain Bérubé, Sherbrooke

  2. Je suis entièrement d’accord avec tes propos Dominic. Je le suis moins pour l’obligation de porter un casque pour un groupe d’âge seulement et encore moins dans une ville spécifique. Je ne comprends pas pourquoi on donne le pouvoir d’un tel règlement à une municipalité. Cela devrait relever du CSR comme pour les casques de moto. Ou bien on les oblige partout ou bien on les oblige pas, faut décider. C’est comme l’arrosage l’été, dans certaines villes de la même région, on peut gaspiller l’eau (ex Mtl) et dans d’autres (ex Laval), il faut l’économiser. Que faut-il faire lorsqu’on traverse les limites de la ville ? Pour celui de 18 ans, doit-on faire comme à la SAQ et exiger une preuve d’âge lorsqu’il a l’air d’avoir moins de 25 ans? D’autant plus, que rien n’oblige un cycliste de porter une identification quelquonque pour se promener sur la rue. Comme d’habitude, ça ressemble plus à une taxe déguisée qu’à une réelle intention d’améliorer la sécurité. J’ai cependant un gros doute sur l’application de ce nouveau règlement de la part des policiers, si on voit un jeune de moins de 18 ans griller un feu rouge sans casque, que doit-on lui décerner comme contravention ? Je m’excuse mais je dois te donner une contravention parce que tu n’as pas ton casque mais je te laisse une chance pour le feu rouge ? Stupide…

  3. Le journal communautaire de Sherbrooke Entrée Libre a écrit un article sur le sujet: http://www.entreel.koumbit.org/2011/07/a-velo-j%E2%80%99perds-les-pedales-mais-pas-la-tete/

    «Cette nouvelle règlementation ne fait cependant pas l’affaire de tous. Par exemple, l’organisme Vélo-Québec déplore cette mesure qui, selon lui, aura comme impact de « décourager les jeunes de pratiquer le vélo sans même avoir les effets escomptés sur la sécurité ». La présidente-directrice générale de Vélo-Québec, Suzanne Lareau, affirme que les accidents graves ou mortels sont habituellement occasionnés par un impact entre un véhicule moteur et un vélo. Et lors d’une collision qui survient au-delà de 20 kilomètres/heure, le casque protecteur ne serait plus efficace. Madame Lareau soutient que l’environnement et la cohabitation entre cyclistes et automobilistes influencent davantage la sécurité des cyclistes que le port ou non du casque.»

    J’ai également réalisé un vox pop en décembre passé auprès de cyclistes utilitaires de Sherbrooke, pour savoir ce qu’ils pensaient de ce nouveau règlement. J’avais particulièrement apprécié cette réponse de Serge-Étienne Parent:

    «La sécurité à vélo n’est pas en premier lieu une question médicale, et on aurait tort de l’aborder ainsi, car il s’agit avant tout d’un enjeu d’urbanisme et de civisme. Le casque obligatoire est loin d’être le premier recours, qui est (1) une infrastructure urbaine adéquate et (2) le respect du Code de la route par tous les usagers.

    1. La sécurité des cyclistes pourrait être améliorée en première ligne par une intégration du vélo comme mode de transport (et non comme un véhicule de loisir) dans les plans d’urbanisme, et de concevoir le mobilier urbain en fonction d’un accroissement du vélo sur les routes, donc non seulement concevoir des voies cyclables intégrées au réseau routier (donc munies de signalisation adéquate), mais aussi prévoir la conversion future de voies aujourd’hui dédiées à l’automobile en voies cyclables intégrées.

    2. Le respect du Code de la route sera amélioré en faisant d’une part la promotion de la sécurité à vélo et d’autre part en donnant une consigne aux policiers qu’il doit être respecté tel qu’il est prescrit. Les policiers de Sherbrooke en laissant les infractions se dérouler sous leurs yeux (et en commettant eux-mêmes des infractions…) encouragent la délinquance automobile, alors que celle-ci devrait être sévèrement réprimée.»

    Sylvain Bérubé, Sherbrooke

  4. Bravo Sylvain. Les villes et pays où le port du casque est le plus bas sont également les lieux où il y a le moins d’accidents mortels ou graves impliquant les cyclistes. À cause de l’urbanisme, l’attirail judiciaire et plusieurs autres facteurs.

    Cette campagne est tout simplement grotesque. Un peu comme ce policier torontois qui a recommandé aux étudiantes de ne pas s’habiller en "salopes" pour éviter le viol.

    En passant, les vélos n’ont rien à voir avec les motos, des véhicules motorisés qui vont au moins aussi vite que les voitures.

    1. Comme c’est moi qui a fait allusion aux motos. Je tiens à préciser que je ne compare pas les vélos à des motos. Je mentionne simplement que le casque pour les motos est géré par le CSR qui couvre l’ensemble du Québec et ça devrait être la même chose pour les casques de vélo (si on l’oblige). Ce n’est pas parfait (on peu faire du vélo hors-route) mais mis à part le gouvernement du Québec, il n’y a pas vraiment d’autres possibilités, cela ne relève certainement pas des villes.

      Vous avez des statistiques à l’appui pour votre affirmation concernant le nombre d’accidents mortels reliés au port du casque par ville/pays?

      1. Allez voir les blogues Amsterdamize et Copenhagenize. C’est bien connu que les Pays-Bas et le Danemark ont DE LOIN de meilleurs résultats en ce qui concerne la sécurité physique des cyclistes.

        Il y a beaucoup de données là-dessus ailleurs – je n’ai pas le temps de faire votre recherche pour vous.

      2. Trop facile comme réponse. L’idée était de faire partager vos sources à tous les gens du blogue. Même si vos arguments se tiennent, nos grands penseurs et décideurs ont parfois besoin de preuves. C’est clair qu’à Sherbrooke, on a craqué sous la pression des PRO-casque. Moi je n’ai jamais vu d’études sérieuses à ce sujet et les sites que vous mentionnez ne sont probablement pas totalement neutres. La seule chose qu’on a prouvé pour les accidents vélos, c’est que plus il y a de cyclistes dans une ville et moins il y a d’accident en proportion et moins ils sont graves. A Mtl, la proportion cycliste n’est pas si grande que cela et encore moins dans les autres villes comme Sherbrooke. Alors les autos, qui sont la plaies des cyclistes pour les traumatismes crâniens, ont une plus grande influence lorsqu’il y a moins de vélo. On pourra voir dans quelques années les résultats de Sherbrooke avec une ville semblable du Québec.

  5. Et pour celles et ceux qui me soupçonneraient d’adhérer à quelque théorie du complot farfelue concernant le lobbying du casque, voyez cette campagne d’affichage sur les rues de Barcelone qui met la responsabilité des accidents sur le dos des piétons, publicité payée par une fondation soutenant l’industrie automobile ET le casque protecteur, ce dernier en association avec Cesame Street et visant les enfants.

    Il n’y a pas théorie du complot: il y a complot.

    http://www.copenhagenize.com/2011/08/fia-foundation-and-ignoring-bull-in.html

  6. Ici Louis Garneau était parmi ceux qui avaient tenté cela, il y a une vingtaine d’années. Les associations cyclistes ont eu gain de cause; il y a un dossier étoffé au site-archive du Monde à bicyclette http://www.lemab.ca

    Pour le moment, il y a une culture en éclosion de cyclisme urbain en vêtements normaux à Barcelone. Justement, il y a beaucoup d’infos et d’images dans Copenhagenize ces jours-ci parce que Mikael Colville-Andersen y est en vacances avec ses enfants. Il y a un mouvement massif et inspirant de "slow cycling" en cours, partout dans le monde; dommage qu’il y a certains qui veulent nous mettre des bâtons dans les roues.

  7. J’attendrai pour répondre à monsieur ou madame Cyr, car je suis trop en furie. J’ai beaucoup travaillé pour et milité pour des ONG féministes, et me souviens très bien de ce que mes copines des pays musulmans (et autres!) ont dit des intégristes qui les obligeaient à se couvrir. Une petite chose pour pouvoir continuer à étudier ou travailler! Il faut se soumettre aux machos ou à l’auto, après tout!

    Je reviendrai là-dessus, en évitant les gros mots, mais je rappelerai que la soumission n’est jamais la sécurité. Rien à voir avec la ceinture imposée aux véhicules polluants et meurtriers.

    Vélo vaincra!

    1. Superbe article. Suzanne Lareau a bien fait de citer Paris; il y a 25 ans on ne l’aurait jamais imaginé aussi cyclable (et aussi beaucoup plus agréable pour les piétons). À l’époque, on pensait que les villes cyclables étaient toutes imbues de discipline germano-nordique (même Strasbourg, pendant longtemps la ville phare du cyclisme urbain en France). Un changement d’attitudes et de mentalités chez les Parisiens, certes, mais aussi une forte volonté politique, notamment du maire Bertrand Delanoë,

      On peut également citer les améliorations récentes à Barcelone, entre autre.

  8. Tout cela est fait strictement exprès. On veut empêcher la pratique du cyclisme urbain d’émerger, point barre.
    Voyez-vous, il faut de vraies infrastructures pour faire du vélo le véhicule de choix et instinctif de la majorité des gens (i.e. Pays Bas). On parle de revoir tout l’urbanisme. De mettre à plat toutes les rues, les trottoirs, les aménagements. Supprimer des voies. Fermer carrément des rues à la voiture (i.e. Vieux Montréal par exemple). De plus, il faut revoir les priorités dans le fonctionnement de la circulation. Instaurer un hierarchie des usagers: Piéton=> Cycliste=> Automobiliste en dernier. Abandonner le code de la route et adopter le code de la rue etc.
    Cela coûte des ronds.
    On ne les a pas (ou on ne veut pas aller les chercher). Alors que le réseau routier tombe en lambeaux s’il faut en plus investir pour tout revoir…

    Les "gens" (les banlieusards surtout qui transitent et squattent Montréal, mais au fond s’en fichent, l’insultent, n’ont aucun respect pour les résidents, viennent salir, polluer et retournent dans leurs dortoirs le soir) ne seront pas contents. Politiquement, cela coûte cher. Mieux vaut laisser aller, jusqu’à ce que tout se casse la gueule. Là, les "gens" n’ont pas le choix et acceptent des taxes, impôts, péages etc.
    Ceux qui ont le courage de dire, il faut des aménagements maintenant, et qui sont prêts à secouer le sapin ne sont pas issus des mêmes formations politiques. Si trop de gens se tournent vers le vélo utilitaire, ce serait du recrutement naturel pour ces partis. Il faut l’empêcher.

    Il faut être très ignorant pour ne pas connaître l’expérience de l’Australie en matière de casque. C’est devenu un cas d’école dans tout le milieu. Melbourne et son Bixi sont à l’agonie, à CAUSE du casque. Vancouver attend de voir comment ça se termine avant de décider qu’ils vont faire sauter la loi du casque ou introduire le Bixi. Le Mexique a dû faire sauter sa loi après 1an afin que son Bixi puisse émerger.
    Et ici, voilà qu’on décide de régresser. On se fout vraiment de nos gueules.

    Personnellement je sais que j’abandonnerai le vélo s’il faut porter un casque. Je préfère prendre bus et métro.

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